
Le Budo, autrement dit l’Art Martial repose sur une tradition guerrière. Il est né d’une nécessité de se défendre dans un monde médiéval violent. Pour bien comprendre les origines du Karaté, il faut situer l’île d’Okinawa. C’est l’île principale de l’archipel des Ryu-Kyu, située entre l’île de Taïwan, le Japon et la Chine. L’archipel compte environ 70 îles.
Dès le Xe siècle, la Chine entretient des rapports commerciaux avec l’archipel des Ryu-Kyu. De nombreux chinois se rendent à Okinawa, parmi eux des experts de boxe chinoise. Les arts et la culture traditionnels de l’île portent l’empreinte de l’influence chinoise. A partir du XVIe, et ce, jusqu’au XIXe siècle, cette île fut le théâtre de conflits entre le Japon et la Chine. Tour à tour, ces deux pays ont imposé leur souveraineté sur l’archipel. A chaque fois, l’envahisseur instaura une domination militaire, interdisant toute arme, afin d’éviter les rébellions. Durant tous ces siècles d’occupation, les techniques de combat à mains nues (Tode) se sont naturellement développées, transmises secrètement, de Maîtres à disciples. Les entraînements, qui se déroulaient le plus souvent la nuit, étaient basés uniquement sur l’efficacité. L’esprit de résistance, exacerbé par les exactions de l’occupant, et allié à l’instinct de survie ne laissait aucune place au spectaculaire ou à l’esthétique. Ce sont donc les habitants d’Okinawa qui ont donné naissance à cette méthode de combat à mains nues, appelée par la suite Karaté. La transmission de maîtres à disciples se faisait oralement, ce qui explique l’inexistence de documents durant cette période. L’histoire a cependant retenu 2 noms : le premier, celui d’un expert chinois, Kushanku, qui, en 1761 effectua une démonstration à Okinawa. De là date le kata Kushanku (kanku en japonais). Le second nom est Sakugawa. Né en 1782 ( ?) à Shuri, il fut l’élève de Kusanku et d’un moine. Après la mort des deux hommes, Sakugawa se mit à enseigner son art et devint célèbre sous le nom de Tode Sakugawa. Toutes les généalogies connues remontent à Sakugawa, premier maître « officiel » dont l’histoire a retenu le nom.
Le TODE se développa surtout autour de 3 villages : Naha – Shuri – Tomari et donna naissance à 3 styles majeurs :
Le NAHA-TE était développé autour de la principale ville portuaire, Naha, qui était un grand centre de commerce. Cette méthode de combat était perpétuée par différents maîtres et notamment Kanryo Higaonna (1851-1915), lequel restera axé sur les katas provenant du sud de la Chine où il séjourna pendant plusieurs années dans la province de Fukien. Il étudiera sous l’enseignement de Woo Lu Chin divers styles de Wu-Shu ainsi que le Taï Chi Chuan. Tout l’aspect énergétique du travail développé par Higaonna dans le NAHA-TE par la suite, notamment les katas à respiration ventrale sonore (ibuki), provient de la synthèse de cet enseignement directement inspiré du Chi Kung chinois. Les principaux élèves d’Higaonna seront Kenwa Mabuni qui fondera le SHITO-RYU et Chojun Miyagi créateur du GOJU-RYU.
Le SHURI-TE provenant des techniques de combat du nord de la Chine, se développa essentiellement dans la ville de SHURI, ancienne capitale d’Okinawa. C’est là où vivaient le roi et les membres de la noblesse. Ankho Itosu est celui par qui le Shuri-Té nous est parvenu ; disciple externe de Sokon Matsumura, il introduisit le Karaté dans le système scolaire au début du XXe siècle et codifia les katas traditionnels pour les rendre plus accessibles et adaptables aux enfants. Ses élèves devinrent à leur tour des Maîtres dans l’art du TODE. Parmi eux Kenwa Mabuni, Gishin Funakoshi.
Le TOMARI-TE était pratiqué dans le village de TOMARI, peuplé surtout d’agriculteurs et de pêcheurs ; il est considéré comme une ramification du Shuri-té. Néanmoins, dans les courants dominant du développement historique du Karaté, il n’y a réellement que deux grands styles d’origine : le SHURI-TE et le NAHA-TE (TE : mains). Ces deux styles nous sont arrivés grâce à des Maîtres qui ont perpétué l’enseignement traditionnel qu’ils avaient reçus eux-mêmes de leurs Maîtres. La différence entre le Shuri-té et le Naha-té est seulement d’ordre technique mais sont tous deux dérivés des mêmes traditions martiales chinoises.